05 - Bulle d'envie 

Je voulais écrire un texte léger, aérien. Quelque chose qui flotte, qui ne pèse pas.
La bulle s’est imposée naturellement.
À travers elle, je parlais de mon envie de réussir, de mon envie d’être. D’exister sans éclater trop vite.
L’écriture a été étonnamment simple. Je passais de la première personne à l’observateur, comme si je me regardais moi-même avancer dans cette bulle fragile. Je ne me souviens pas avoir peiné une seule seconde. Le texte est venu comme il devait venir, sans résistance.


Si l’histoire de sa création tient en quelques lignes, celle de son parcours, en revanche, est tout autre.
Tout commence par un message de ma maman :
— Il y a un appel à textes pour le Printemps des Poètes, je l’ai vu aux informations.
Je me renseigne. Le thème est « Éphémère ».
Le mot résonne. Je réfléchis, je tourne en rond… et puis l’évidence : Bulle d’envie.
Le texte existe déjà. Il parle justement de ça. De ce qui flotte, de ce qui peut disparaître, de ce qui ose quand même.


L’appel a été lancé en septembre 202…, pour une restitution en décembre. J’envoie mon texte.
Et puis la réponse tombe : il est retenu, publié dans le recueil.
À cette occasion, je suis convié à la médiathèque de Chelles (77) pour lire ma production.
Les passages s’enchaînent. Un par un, les auteurs montent sur scène. J’écoute, je doute un peu, je suis intimidé. Finalement, je passe en dernier.
Après une trentaine de lectures, me voilà derrière le micro.
Je me présente brièvement. J’explique que mon texte n’est pas un poème mais une chanson. Et surtout, je dis pourquoi je suis là : parce que j’ai envie de me faire connaître.
Une grande respiration.
Je parle fort. J’articule. Je veux que chaque mot arrive à destination. Je n’ai pas fait le déplacement pour rien.
Je termine ma lecture.
Et là… surprise. Une ovation générale. Des applaudissements nourris, y compris de l’organisateur.
Je récupère mon recueil, fier. Vraiment fier. Comme un signe du destin, je découvre que l'illustration correspond à mon texte, l'organisateur est aussi surpris que moi ! Une dame vient me voir, me félicite, et m’invite à lire mon texte lors d’une session de lecture à Paris, en présence de Roger Pouly.


Je me renseigne. Et je découvre que cet homme n’est autre que l’ancien pianiste de Charles Trenet.
Le jour venu, je retrouve ma connaissance. Je comprends vite que l’homme assis au piano, c’est lui. Monsieur Pouly.
Les textes se succèdent. Chacun lit pendant qu’il improvise au piano. La poésie devient musique.
La session touche à sa fin. Et là, on me pousse doucement :
— Vas-y, fais-lui lire ton texte.
Je me retrouve juste derrière un autre lecteur. Son passage se termine mal. Le pianiste n’y va pas par quatre chemins : le texte est faible, et il le dit.
Autant dire que mon hésitation monte d’un cran.
Puis vient mon tour.
Je tends mon texte. Silence.
Le verdict tombe :
— Ton texte est superbe, mon gars.
À cet instant, ma bulle n’a pas éclaté.
Elle a pris un peu plus d’air.
Et moi, je me suis dit : ok… validé par un grand. Oh yeah. ✨